Imprimer Envoyer á un ami

Chercheurs en météorologie… Rencontre avec Elisabeth, spécialiste des l'assimilation des observations satellitaires, Unité modélisation (1/4)

13/10/2004

Que cherchent ces scientifiques ? Pour le découvrir, nous avons rencontré, à l'occasion de la fête de la science, quatre chercheurs du Centre de recherches de Météo-France.

Tout d'abord, la réponse d'Eric Brun, directeur de la recherche à Météo-France.

Eric Brun :

La recherche en météo vise à améliorer la connaissance des lois et mécanismes qui régissent l'atmosphère. Le Centre de recherches de Météo-France regroupe 270 personnes. Nos équipes sont chargées de développer et d'améliorer les modèles de prévision, d'étudier la physique et la dynamique de l'atmosphère, de simuler l'évolution du climat, de concevoir de nouveaux instruments de mesure et de mener des campagnes expérimentales.

Météo-France

Cette semaine, rendez-vous avec Elisabeth, spécialiste de l'assimilation des observations satellitaires, Unité modélisation

Vous travaillez sur la modélisation mais êtes chargée des observations. Pouvez-vous nous expliquer cela ?


Elisabeth:

Je travaille dans l'unité chargée de mettre en œuvre tous les développements nécessaires pour améliorer le modèle de prévision du temps. Pour simuler le comportement futur de l'atmosphère et prévoir le temps qu'il fera, un modèle doit d'abord calculer l'état actuel de l'atmosphère. Les météorologistes parlent « d'état initial ». Pour cela, il « assimile » toutes les observations météo disponibles grâce à des réseaux plus ou moins denses : stations terrestres, d'altitude, maritimes et bien sûr satellites. Au cours de cette étape d'assimilation, le modèle décrit l'atmosphère le plus précisément possible. A partir de cette description, le modèle calculera ensuite l'évolution de l'atmosphère. C'est une étape primordiale : plus la description est exacte au départ, meilleure sera la prévision. C'est pourquoi les progrès de la prévision sont en grande partie liés à l'amélioration des observations, en nombre et en qualité, ainsi qu'à la manière dont on les assimile. Les satellites météo ont ainsi dans les années soixante révolutionné l'observation et la prévision du temps. Ils complètent les données fournies par les stations inégalement réparties sur l'ensemble de la planète. Surtout, ils comblent partiellement la quasi absence d'informations météorologiques sur les zones peu habitées et océaniques.

Vous êtes donc chargée de "nourrir" le modèle de Météo-France ?

Elisabeth :

Oui, en quelque sorte. Il s'agit d'une tâche en véritable interface entre la recherche et l'exploitation opérationnelle d'Arpège, le modèle de prévision de Météo-France à l'échelle du globe. Je suis chargée du traitement des observations issues des satellites météo défilants. Ces satellites tournent autour de la Terre d'un pôle à l'autre en passant par toutes les latitudes intermédiaires à environ 800 kilomètres d'altitude. Chaque satellite recueille des données sur tous les points du globe et scrute deux fois en 24 heures la même zone (alors que les satellites géostationnaires de la dernière génération scrutent la même zone toutes les 15 minutes).

Les satellites défilants mesurent le rayonnement naturel de l'atmosphère à partir duquel on renseigne indirectement le modèle sur la température et l'humidité à différentes altitudes. J'assure l'assimilation de ces données. Cela inclut l'introduction des nouvelles observations disponibles, les différents réglages nécessaires, le contrôle de qualité des observations, ainsi que le rejet de certaines d'entre elles en cas, par exemple, de défaillance instrumentale. J'assure également le suivi de l'impact de ces données sur la fiabilité des prévisions.

Qu'est-ce que vous appréciez particulièrement dans votre travail ?

Elisabeth :

J'ai toujours été attirée par la recherche, peut-être à cause de ma nature curieuse ! J'ai travaillé au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) durant 4 ans avant de rejoindre le Centre de recherches de Météo-France. A ce poste, vous voyez les progrès de la modélisation des processus physiques et de l'assimilation et donc des prévisions. Les phénomènes physiques sont de mieux en mieux représentés (par exemple le cycle de l'eau), la description initiale de l'atmosphère est meilleure, tout comme les scores du modèle. Et j'y participe directement, alors comment ne pas être passionnée ?

Les journées ne sont jamais les mêmes : un réglage, puis une étude de cas… La finalité de notre travail est d'améliorer les modèles au service de la population, c'est ce qui me passionne et me motive. Si cela peut contribuer à mieux détecter et prévoir les phénomènes dangereux et ainsi à sauver des vies, alors on peut en être fier. Chaque personne de mon unité est spécialisée dans son domaine (assimilation, physique, méthode numérique, etc.) et c'est à partir de l'effort conjoint que s'élabore la prévision. De même, je participe régulièrement à des conférences internationales sur ma spécialité. La prochaine aura lieu en mai 2005 à Pékin. Il s'agit là de partager des savoirs avec toute la communauté scientifique et d'enrichir des coopérations déjà intenses. Chaque progrès peut bénéficier à d'autres centres. Nous collaborons très fréquemment avec le CEPMMT et le MetOffice (le service météo anglais).

 

Photographie : copyright Météo-France

Actualité par Météo-France