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Chercheurs en météorologie… Rencontre avec David, spécialiste de la banquise et de la recherche climatique, Unité de recherche climatique (2/4)

22/10/2004

Météo France
Cette semaine, rendez-vous avec David, spécialiste de la banquise et de la prévision climatique, Unité de recherche climatique
 

 

Quels sont les travaux de cette unité ?


David : Mon unité étudie le climat et ses différentes composantes. Le système climatique planétaire est très complexe. Il est en effet constitué de l'atmosphère, mais aussi des océans, des surfaces continentales (continents et végétation), des fleuves et rivières et de la banquise. J'ai développé un module baptisé Gelato qui reproduit la banquise dans Arpège/Climat, notre modèle climatique. Elle joue le rôle d'une couche isolante entre l'atmosphère et l'océan : elle forme, aux pôles, une barrière aux échanges thermiques. L'océan se refroidit moins à son contact qu'au contact de l'air. Et elle représente tout de même 7% de la surface océanique, soit en tout 40 fois la superficie de la France. Nous réalisons des simulations du climat passé, présent et futur. Pourquoi du climat passé ? Parce que nous avons besoin d'une référence stable pour en quelque sorte étalonner notre modèle climatique. Nous cherchons également à améliorer les prévisions dites « saisonnières » du climat. Il s'agit non pas de prévoir le temps qu'il fera, mais d'estimer des tendances probables pour une saison donnée. Par exemple, on cherchera à déterminer si l'hiver sera plus froid ou plus humide que la moyenne ou simplement proche de la normale.

 

De quoi êtes-vous chargé en ce moment ?


David : Je prépare avec d'autres chercheurs la contribution de Météo-France au 4ème rapport du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Il sera publié en 2007 et devra synthétiser les dernières connaissances sur l'évolution du climat. Une dizaine de laboratoires y contribuent selon leurs compétences et leurs capacités de calcul informatique. Météo-France doit fournir pour avril 2005 un ensemble de simulations climatiques de trois types.
D'abord, nous simulons l'état de l'atmosphère en 1860, au début de l'ère industrielle et des rejets massifs de gaz à effet de serre dus à l'activité humaine (gaz carbonique, méthane, oxydes nitreux, etc.). Cela permet d'obtenir un état de référence qui prend en compte uniquement les gaz à effet de serre naturellement présents dans l'atmosphère. Ensuite, nous injectons dans le modèle climatique les quantités de gaz rejetées entre 1860 et 2000 selon les estimations des spécialistes. En recoupant ces simulations avec les observations météorologiques et océanographiques disponibles sur cette période, nous validons les résultats du modèle. Puis, celui-ci calcule l'évolution du climat jusqu'en 2100 selon 4 scénarios plus ou moins optimistes. Chacun d'entre eux introduit une quantité différente de gaz à effet de serre. Ces scénarios sont prolongés encore durant 100 ans en maintenant les rejets à quantité constante. Ces simulations sont destinées à évaluer plus précisément le réchauffement : selon chacun des scénarios, va-t-il se poursuivre, ralentir ou se stabiliser, et en combien de temps ? De plus, les réactions du système climatique sont en partie incertaines. C'est pour cette raison que la hausse de température envisagée pour la fin du XXIème siècle est comprise entre 1,4 °C et 5,8 °C selon les modèles et les scénarios retenus.

 

Qu'est-ce qui vous plaît personnellement dans votre travail ?


David : C'est très motivant de travailler pour le GIEC et de contribuer ainsi à évaluer l'avenir du climat de notre planète. Le public s'y intéresse beaucoup. La recherche climatique est comme souvent en météo inscrite dans un cadre international. Les échanges entre laboratoires sont très féconds. On ne perd jamais son temps à rencontrer d'autres chercheurs, les rencontres font les idées. Je me rends à des congrès quasiment chaque trimestre. Pour moi, la communication est essentielle en matière de recherche. J'ai par exemple comme interlocuteur privilégié un laboratoire de recherche climatique norvégien. Il utilise également notre modèle Arpège. Echanger avec eux permet d'harmoniser des solutions à certains problèmes.
Je suis dans un domaine généraliste, même si j'ai débuté en m'intéressant surtout à la banquise. J'apprécie de recréer un système climatique virtuel en assemblant ses diverses composantes. Mais, actuellement, on est loin de maîtriser tous les facteurs exerçant un impact sur le climat. On ne sait pas encore non plus dans quelle mesure on pourra réduire l'incertitude sur son évolution. Tout cela conduit à se poser beaucoup de questions…Et c'est passionnant.
 






 

Actualité par Météo-France