Imprimer Envoyer á un ami

La Solitaire-Le Figaro-Afflelou 2006 : retour sur la météo de la course

06/08/2006

Dimanche 6 août, 44 marins se sont élancés dans la plus grande régate en solitaire d'Europe sur un parcours de 1898 milles nautiques entre la France, l'Espagne et l'Irlande. Aux côtés des skippers et des organisateurs, deux prévisionnistes de Météo-France.

Sylvain Mondon et Richard Silvani, prévisionnistes marine de Météo-France,

commentent la météo de la course.

Malgré des comportements assez instables des modèles, certains skippers ont su habilement tirer leur épingle du jeu : Troussel, le vainqueur et Chabagny son dauphin, au prix d'une option osée mais très payante dans la deuxième étape. Sans oublier Véniard qui gagne quasiment (déclassé dans la première étape) les trois autres étapes.

Bravo donc aux 44 participants et plus particulièrement à Nicolas Troussel, Thierry Chabagny et Gérald Véniard qui forment le podium du classement général de La Solitaire.

Quatrième étape : Dingle - Concarneau

Partis dans un flux d'Ouest à Nord-Ouest d'une traîne assez active, les 44 figaristes ont rencontré des conditions "musclées" pour les deux premiers jours de cette quatrième étape. En effet, des vents moyens entre 20 et 25 nœuds et des rafales entre 30 et 35 nœuds les ont accompagnés jusqu'au passage du phare de Seven Stone situé à l'extrémité sud-ouest de l'Angleterre. Dans ces conditions de vent portant très rapides, les manœuvres étaient délicates et certains coureurs inexpérimentés n'ont pas pu suivre la cadence imposée par le groupe de 15 premiers (vitesses moyennes souvent supérieures à 12 nœuds).

C'est seulement samedi août 26 après-midi et en soirée, à la faveur de la traversée de la Manche, que le vent mollit lentement avec l'approche d'une petite dorsale mobile qui permet au peloton de revenir sur les premiers. Cette dorsale arrive sur la pointe Bretagne en même temps que les concurrents dimanche matin. Ainsi les coureurs arrivent entre l'île d'Ouessant et l'île de Sein dans des vents très faibles de secteur Ouest dominant (inférieurs à 5 nœuds). Il faudra attendre l'arrivée d'une dépression orageuse par l'Ouest dimanche soir pour débloquer tout le monde et retrouver du vent qui se lève en secteur Sud-Ouest et fraîchit progressivement pendant la nuit et le lundi 28 août au matin.

Les trois plus malins ont réussi à se faufiler dans ces petits airs en gagnant le sud mais aussi avec assez de gain Ouest au passage de la pointe Bretagne pour retrouver du vent en premier. Ils s'envolent ainsi pour le podium de cette étape : 1er Véniard, 2ème Krauss et 3ème Emig.


Troisième étape : Saint-Gilles Croix de Vie - Dingle (Irlande)

Partis dans un flux de secteur Sud-Ouest avec quelques grains traversant le golfe de Gascogne, les 44 figaristes franchissent la pointe de Penmarc'h juste après le passage d'un premier thalweg (axe de basses pressions) peu actif lors de la première nuit de course.

Après une courte accalmie au matin du deuxième jour juste à l'arrière du thalweg, les concurrents abordent une zone de traîne assez active au niveau de la pointe Bretagne. Cette traîne, associée à des vents d'Ouest à Nord-Ouest oscillants, les emmène jusqu'en mer Celtique où le passage d'un nouveau thalweg les attend. C'est à ce moment où l'étalement de la flotte est maximal : 50 milles nautiques entre le groupe du vainqueur Gérald Véniard dans le nord et Liz Wardley qui a choisi une route plus directe par le sud.

Les concurrents sont obligés de se recaler sur la route au sud-est de l'Irlande dans des vents très variables en direction. En effet suivant les positionnements par rapport à l'Irlande, certains ont rencontré des vents de Sud-Ouest et d'autres des vents de Nord-Est. C'est seulement après le passage du Fastnet que le vent s'établit à nouveau en Ouest à Nord-Ouest mais inférieur à 10 noeuds. Ainsi la progression est rendue difficile le long des côtes.

C'est là qu'une nouvelle difficulté attend les concurrents : une dorsale (axe de hautes pressions) issue de l'anticyclone des Açores aborde les côtes irlandaises avec ses zones de calme qui vont s'installer dans le fond des baies escarpées de cette région de l'ile.

La quasi totalité des concurrents sera fortement ralentie dans une ou plusieurs de ces zones, les plus opportunistes comme Gérald Véniard iront chercher un filet d'air plus au large immédiatement après avoir réussi à s'extraire de la première zone de "molle" inévitable.

Le final de l'étape s'effectue en baie de Dingle en pleine nuit avec une vingtaine de bateaux à l'entrée de la baie progressant lentement dans des vents évanescents. En effet alors qu'un flux synoptique d'une dizaine de noeuds de Sud-Ouest s'installe lentement au large et sur les hauteurs, en plein secteur chaud d'une dépression circulant beaucoup plus au nord, le vent dans la baie reste alors très faible.

Les stratus recouvrent l'ensemble du ciel et la bruine fait son apparition en début de nuit, c'est alors qu'une circulation locale de type brise de pente de 6 à 8 noeuds de secteur Nord-Est se met en place.

Cette brise empêche le flux de sud-ouest de gagner la baie et génère une zone tampon complètement déventée juste devant la flotte.

Les bateaux ne progressent plus que très lentement jusqu'à ce que la circulation de brise prenne le dessus sur le flux perturbé de sud-ouest, et envahisse définitivement la baie entre 22 et 23h UTC lundi 21 août.

C'est un groupe de 5 concurrents positionnés dans le nord qui attrape ce filet d'air en premier et franchit la ligne quelques minutes avant les autres.


Deuxième étape : Santander - Saint-Gilles Croix de Vie

Partie dans un régime de noroit faible à modéré, l'ensemble de la flotte avait choisi de progresser en babord amures pour traverser le golfe de Gascogne. C'était d'ailleurs ce que préconisaient l'ensemble des routages le jour du départ.

C'est au petit matin du deuxième jour de course que Nicolas Troussel et Thierry Chabagny décidèrent d'aller chercher de l'air frais en tribord amures dans l'ouest, laissant ainsi l'ensemble de la flotte filer vers le nord-est. Le soir même l'option dans l'ouest se soldait par un retard de 35 milles, il fallait avoir les nerfs solides pour persister dans cette voie ou une grande confiance en son option.

C'est mardi matin que le verdict tomba avec le fraîchissement du vent annonçant l'arrivée d'une nouvelle dépression par le nord-ouest.

Touchant le vent frais en premier, les deux partisans de l'ouest s'envolèrent, ne laissant plus aucune chance aux poursuivants de les rattraper.

Les écarts ne firent que grandir avec la descente entre les Birvideaux et St Gilles Croix de vie, car les conditions se dégradèrent en cours de journée de mercredi après l'arrivée des deux premiers.

Tout ceci se solde par un écart de presque 7 heures entre le premier -Nicolas Troussel- et le troisième -Armel Le Cleach.

Météo-France
Parcours de Nicolas Troussel et Armel Le Cleach

Première étape : Cherbourg - Santander

C'est sous les résidus nuageux d'un front froid arrivé la nuit de samedi 5 à dimanche 6 août sur le Cotentin que les 43 figaristes s'élancent pour Santander. Le vent de secteur Ouest de force 2 à 3 le matin fraîchit rapidement à 4 Beaufort. Le ciel est assez chargé en strato cumulus dimanche en fin de matinée au moment du départ. Les nuages se dissipent au cours de l'après-midi, mais l'accalmie est temporaire puisqu'un nouveau front froid en frontolyse (phase de perte d'activité et de dissipation) s'approche par l'ouest.

Les concurrents atteignent ce nouveau front au cours de la première nuit de course juste après avoir franchi le premier point de passage au sud de l'Angleterre. Une rotation importante du vent à droite ("veering") s'établissant au Nord-Ouest accompagne le passage de ce front. Mais c'est seulement lundi soir que les concurrents ressortent de l'autre côté du front dans la traîne ou un vent de Nord à Nord-Est force 5 avec des rafales atteignant 27/28 nœuds (55 km/h) les attend à l'extrémité sud-ouest de l'Angleterre au deuxième point de passage.

La dernière ligne droite débute donc à des vitesses très rapides, supérieures à 10 nœuds (20 km/h) dans des allures portantes associées à une grande houle de secteur Nord favorisant les surfs et les pointes de vitesse. Après le passage de l'île d'Ouessant le troisième jour de course, le vent de Nord-Est dirigé par l'Anticyclone des Açores commence à mollir et les vitesses à diminuer lentement jusqu'au 45ème parallèle. Enfin, quelques dizaines de milles avant l'arrivée, le flux anticyclonique butte véritablement sur le relief important du nord de l'Espagne et donc mollit sensiblement par "effet tampon". Une poignée de concurrents parvient malgré tout à conserver un peu de vent grâce l'évolution thermique de la brise de mer en fin d'après-midi.

C'est Gérald Véniard sur SCUTUM qui gagne cette longue étape en gérant au mieux les contraintes de la navigation et les phénomènes météorologiques.

Météo-France
Parcours de Gérald Véniard sur SCUTUM

Actualité par Météo-France