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Premiers résultats de la campagne AMMA : mieux prévoir les précipitations en Afrique de l'ouest

26/11/2007

Météo-France

Plus de 300 chercheurs ont participé à la deuxième conférence scientifique du projet de recherche international AMMA sur la mousson africaine du 26 au 30 novembre 2007 à Karlsruhe (Allemagne). Parmi les premiers résultats présentés, une méthode de prévision des pluies inédite mise au point conjointement par les chercheurs et les prévisionnistes.

Explications avec Jean-Philippe Lafore, du Centre de recherches de Météo-France, qui a coordonné cette action de coopération.


Quelles sont les caractéristiques des pluies en Afrique ?

Jean-Philippe Lafore : Les épisodes de pluie sur l'Afrique de l'Ouest se produisent durant la courte saison de la mousson (deux à trois mois). Ils sont associés à des systèmes convectifs (orageux) du type ligne de grains, des cellules orageuses organisées sur plusieurs centaines de kilomètres qui se déplacent rapidement d'est en ouest sur le continent africain. Souvent violents, ces phénomènes peuvent durer jusqu'à plusieurs jours et donner des quantités de pluie très variables. Durant la mousson, une dizaine de ces systèmes produit à elle seule l'essentiel des pluies de l'année. Cette activité orageuse varie considérablement selon les années, avec des cumuls de précipitations irréguliers. Tour à tour abondantes ou faibles, elles conditionnent les ressources en eau disponibles pour la culture du mil, l'aliment de base, et la gestion du débit des fleuves qui alimentent les villes.
 

Peut-on prévoir ces pluies avec précision ?

Jean-Philippe Lafore : Les chercheurs se sont heurtés à la difficulté de comprendre les mécanismes de ces systèmes précipitants, notamment à cause du manque d'observations sur cette région. La prévision opérationnelle du temps est particulièrement difficile sur l'Afrique subsaharienne. La résolution et la précision des modèles de prévision sont insuffisantes pour représenter les phénomènes physiques de petite échelle associée aux systèmes convectifs en Afrique. Les prévisionnistes d'Afrique de l'Ouest ne disposaient souvent pas de toutes les informations pertinentes issues des prévisions réalisées par les modèles météorologiques opérationnels, ni de méthodes pour les interpréter.
Le programme AMMA a permis de transférer les connaissances de la recherche indispensables aux tâches de prévisions météorologiques en Afrique de l'Ouest.
 

Comment développer une prévision ciblée sur les systèmes orageux ?

Jean-Philippe Lafore : Une équipe de prévision opérationnelle composée de 15 prévisionnistes de 12 pays ouest-africains a été constituée à Niamey pendant la phase expérimentale d'AMMA en 2006. Chercheurs et prévisionnistes locaux ont élaboré ensemble une méthode d'interprétation originale baptisée WASA/F* (Analyse et prévision synthétisées sur l'Afrique de l'ouest). Elle repose sur l'identification des paramètres qui gouvernent les systèmes convectifs. Certains sont issus des connaissances théoriques, d'autres déduits des résultats des modèles de prévision. On peut citer : l'instabilité de l'atmosphère, les cisaillements de vent, la présence d'air sec et de tourbillons, etc. L'ensemble de ces paramètres permet de déterminer si les conditions sont réunies pour la formation d'un système convectif porteur de pluies et ainsi en déduire des règles de prévision d'activité de la convection.
 

Et pour le suivi des zones orageuses, comment avez-vous pallié la rareté des observations ?

Jean-Philippe Lafore : Grâce à l'utilisation des données haute résolution des satellites Meteosat Seconde Génération (MSG). La méthode de suivi en temps réel des systèmes convectifs développée pour l'Europe a été adaptée à l'Afrique tropicale. Avec les données de MSG, les prévisionnistes visualisent la couverture nuageuse et identifient les ensembles nuageux convectifs, ainsi que leur concentration en eau et leur capacité à précipiter. Les prévisionnistes africains peuvent maintenant suivre avec précision le développement, les trajectoires et l'intensité des systèmes convectifs durant toute leur durée de vie et en les détectant beaucoup plus tôt. Ce traitement réalisé pour AMMA et mis à disposition des prévisionnistes en temps réel leur permet ainsi de faire de la prévision à très courte échéance des systèmes les plus intenses.
 

Ces méthodes de prévision ont-elles été testées ?

Jean-Philippe Lafore : Elles ont été expérimentées avec succès durant la mousson 2006. Leur utilisation sera renouvelée au cours des prochaines années. La méthode WASA/F a été étendue à l'ensemble du continent africain avec le soutien de l'Organisation météorologique mondiale en 2007. Cette démarche pourrait constituer les prémices du développement de nouvelles équipes opérationnelles de prévision en Afrique de l'Ouest. Le dialogue entre chercheurs et prévisionnistes a été particulièrement fructueux pour la mise en place de la méthode d'interprétation des phénomènes météorologiques Africains. Le travail quotidien des équipes locales ainsi amélioré va en retour aussi contribuer à une meilleure connaissance des processus tropicaux, dont l'impact sur le climat global est prépondérant.



* WASA/F : West African Synthetic Analysis/Forecast

 

Actualité par Météo-France