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Journal de Terre Adélie - La Terre Adélie, ça se mérite...

30/01/2009

Météo-France

Janvier 2009 : La Terre Adélie, ça se mérite...

Voici une année que je me prépare : je fais partie de la 59ème équipe d'hivernants en Terre Adélie (Antarctique), en qualité de responsable du Bureau météorologique. La Terre Adélie est l'un des 5 districts des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) avec Crozet, Kerguelen, Amsterdam et les îles Eparses. La France y mène des recherches scientifiques dans de nombreuses disciplines. Chaque année, une nouvelle équipe prend la relève. La station météo de la base Dumont d'Urville connaît une activité permanente depuis 1956. Notre mission consiste à réaliser des observations chaque jour de l'année, quelles que soient les conditions. Même en cas de tempête du terrible vent local, le vent catabatique qui souffle des pentes du continent parfois à plus de 200 km/h.

Rejoindre la Terre Adélie depuis Paris est un long voyage : départ le 8 décembre 2008 pour Hobart en Tasmanie, soit 36 heures de vol et deux escales (à Hong-Kong et Sydney). A Hobart, nous prenons place sur le navire brise-glace l'Astrolabe, seul moyen de traverser les 2700 km de mers australes qui nous séparent de la base Dumont d'Urville. Ce bateau effectuent 4 missions de transport et de ravitaillement (appelées rotations) entre fin octobre et début mars. Le reste du temps, la banquise empêche de pénétrer ces eaux polaires.

Les opérations de chargement du navire se poursuivent durant 48 heures. Cela nous laisse le temps de faire connaissance avec nos compagnons de voyage et de découvrir l'Astrolabe sur lequel nous allons vivre 5 ou 6 jours. Conçu pour briser la glace sous son poids, ce navire est doté d'un fond quasi plat qui le fait bouger en tous sens, même sur une mer peu formée. Or, les mers du Sud sont parmi les plus redoutables du monde : la houle s'y propage sans obstacle sur des milliers de kilomètres. Ce navire a donc une certaine réputation...

L'Astrolabe accueille une vingtaine de passagers à son bord, en plus de la dizaine de membres d'équipage. Cette équipe de relève réunit des scientifiques issus de divers laboratoires de recherche, un médecin, Laurence de la Ferrière qui dirigera la base pendant l'année 2009 et des personnels chargés de missions logistiques et techniques essentielles (cuisinier, plombier, électricien...).

Copyright Météo-France/François Gourand Copyright Météo-France/François Gourand
Départ d'Hobart A bord de l'Astrolabe

Samedi 13 Décembre au matin, nous quittons Hobart dans une petite tempête : 14°C et 25 nœuds de vent, vive l'été austral ! Lorsque nous arrivons en fin de journée sur l'océan, la pluie a presque cessé et le ciel s'éclaircit. La fatigue accumulée du long vol et du décalage horaire ont raison de mon excitation. Cette première nuit en mer se déroule bien malgré le mouvement permanent.

Levé tôt, j'assiste dimanche 14 décembre à mon premier lever de soleil dans les quarantièmes. Le temps est magnifique, frais (13°C), mais au soleil, l'impression est délicieuse. Dimanche soir, on aperçoit nettement sur l'horizon la dépression que nous allons croiser. Ca bouge passablement pendant la nuit, mais avec la fatigue, je dors par intermittence.

Lundi 15 décembre, le refroidissement à l'arrière de la dépression est sensible, de 7.5°C le matin, à 4.5°C en début d'après midi, avec un frais vent de Sud-Est. Le ciel lumineux de la fin de journée me permet d'observer l'immense océan et le ballet étonnant des pétrels et albatros dans le sillage du bateau. Il y a peu de mer, mais le bateau remue tout de même, à cause de son fond quasi-plat. L'allongement des jours en allant vers le Sud est perceptible d'un jour à l'autre.

Mardi 16 décembre vers midi, par 57°30'S et 143°32'E, nous voyons voltiger les premiers flocons de neige de notre été austral, par +2°C. Nous approchons de notre destination, le vent d'Est se renforce, la température baisse aux alentours de 0°C.

Copyright Météo-France/François Gourand Copyright Météo-France/François Gourand

Mercredi 17 Décembre, dernier jour complet en mer. L'arrivée est prévue pour le lendemain à DDU, abréviation pour Dumont D'Urville rapidement adoptée par nous tous. Dans la matinée, je repère au loin ma première baleine. A la mi-journée, notre position est 63°11'S et 141°32'E. L'apparition des icebergs attire tout le monde sur le pont. La météo sera favorable jusqu'au bout. A l'exception de la seconde nuit, assez agitée, la traversée a été dans l'ensemble plutôt calme. Sur le pont, Vincent l'ornithologue nous apprend à reconnaître les nombreux oiseaux : pétrels antarctiques, damiers du Cap, fulmars antarctiques, prions. Les icebergs deviennent plus nombreux et imposants.

Vers 5h, jeudi 18 décembre, une surprise m'attend : la glace entoure le bateau. L'Astrolabe a nettement ralenti son rythme car le pack (banquise flottante permanente) se révèle plus épais que prévu. Nous nous trouvons par 65°30'S, à un bon degré de latitude de notre destination. J'aperçois mes premiers manchots sur une plaque de glace dérivante, puis plus tard, un phoque qui se repose sur un autre morceau...

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La glace entoure le bateau Nous tentons d'apercevoir le continent

Le bateau progresse à 3-4 nœuds et heurte de plus en plus souvent, parfois violemment, des morceaux de glace, qu'il brise. Les conditions sont merveilleuses : mer d'huile, ciel souvent bleu, icebergs d'un blanc éclatant, aux formes riches et aux reflets variés. A la mi-journée, le 66ème parallèle franchi, nous tentons d'apercevoir l'Antarctique sur l'horizon. En début d'après midi, une ligne blanche continue apparaît sur l'horizon : il s'agit bien du continent ! La pente de la calotte est vraiment impressionnante, c'est la vision la plus inattendue pour moi.

La calotte aperçue, chacun cherche à apercevoir le premier la base : impossible de la distinguer pour le moment. Nous avons pris une route très à l'Ouest pour contourner un bout de banquise trop compact. Nous scrutons l'horizon et guettons la faune locale depuis la passerelle et le pont, toute la journée, souvent en silence, pour mieux goûter cet environnement magique.

En fin d'après-midi, nous découvrons pour la première fois entre deux icebergs la grande antenne de la base, appelée "mât iono", située à l'Ouest de l'île des Pétrels et la petite base annexe de Cap Prudhomme, sur le continent. Après avoir contourné un dernier iceberg, nous avons la pleine vue sur la base Dumont D'Urville ! A notre approche, les gens sortent des bâtiments et descendent au pied de la banquise.

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La base Dumont d'Urville vue depuis l'Astrolabe
Préparation de l'h'élicoptère

Il fait incroyablement bon : +4 °C, sans vent et le soleil brille. Tout le monde à bord a le sourire aux lèvres, c'est un moment assez magique. Les manchots courent non loin du bateau. Au bout d'un moment, tous les passagers font signe aux habitants de la base, sortis nous accueillir : ils nous répondent ! Le bateau cesse sa progression, bloqué par la glace, à quelques centaines de mètres de la base. Vers 18h, le débarquement des passagers et bagages commence par hélicoptère.

Jeudi 18 Décembre 2008, à 19h02 précises (9h02 UTC), soit 10h02 en France, je pose le pied sur Dumont d'Urville, à la descente de mon premier vol d'hélicoptère. C'est le grand tourbillon, tout le monde se salue et le dîner réunit près de 85 personnes ! Nous marchons sur les passerelles entre les bâtiments, au milieu des manchots Adélie, en tanguant encore un peu, après ces 6 jours de bateau. Nous faisons la connaissance des trois météorologues dont nous prenons la relève. Ils nous conduisent dans le Bureau météo, décoré des photographies des anciens collègues.

Je commence à réaliser, tout doucement, que cet endroit sera mon cadre de vie et de travail pour les 12 prochains mois. C'est le début d'une nouvelle aventure... La soirée de notre arrivée est une des plus douces de l'année, il fait toujours +4°C vers 21h, sous le soleil de l'été antarctique. Nos ornithologues nous convient à un petit tour sur la manchotière, encore accessible à pied, sur la banquise, ce qui achève donc sur une note encore plus originale cette formidable journée...


François Gourand et Isabelle Doudelle

Photographies : Copyright Météo-France/François Gourand

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