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Val d’Isère 2009 : Le ciel et le manteau neigeux sous surveillance

02/02/2009

Quand préparer, déblayer, arroser les pistes ? Faut-il reporter l'épreuve, déplacer la porte de départ ? La gestion optimale des épreuves nécessite pour le comité d'organisation de disposer d'une expertise météorologique ultra-précise. Météo-France a mis en place pour les Championnats du Monde FIS de Ski Alpin Val d'Isère 2009 un dispositif spécifique à la hauteur des enjeux de la compétition et de la complexité de la prévision en montagne.

Une équipe d'experts en météo de montagne
Ces prévisionnistes spécialisés en météo de montagne, présents en permanence, fournissent aux organisateurs des prévisions sur les trois points stratégiques du site de la compétition. Ils se relaient par équipe de deux chaque jour (avec une astreinte de nuit) au PC de Val d'Isère. ils devront prévoir les chutes de neige (permettant de mobiliser les équipes de déblaiement), les passages nuageux, les risques de vents forts … pour une zone géographique limitée. Portraits.
 

Météo-FranceMichel Portier
Michel Portier est prévisionniste au centre régional Météo-France de Bron. Ce Haut-Savoyard est un fin connaisseur des spécificités de la météo de montagne et un habitué des assistances sportives. Evian Masters, Coupes du Monde de Parapente … il connaît bien les enjeux liés à l'organisation d'une compétition. Michel a d'ailleurs été membre de l'équipe mobilisée pour les Jeux Olympiques d'Albertville en 1992.


Météo-FrancePierre Villé
Prévisionniste au centre régional Météo-France de Bron, Pierre Villé travaille au quotidien avec les services de la sécurité civile. Les enjeux sont essentiels, notamment en hiver lorsque les plans intempéries sont activés. Son rôle : conseiller ses interlocuteurs afin qu'ils intègrent au mieux les prévisions météorologiques à leur dispositif. Pour ce féru de ski, ces Championnats constituent sa première assistance sportive d'envergure


Météo-FrancePatrice Adde
Responsable de la station Météo-France de Bourg-Saint-Maurice, Patrice Adde est météorologue et nivologue. Savoyard d'adoption depuis 28 ans, il a acquis une connaissance très pointue des phénomènes météorologiques propres à la région ainsi que de l'évolution du manteau neigeux en fonction des conditions météorologiques. Au quotidien, il travaille en relation étroite avec les stations de ski. Enfin Patrice a lui aussi fait partie de l'équipe de Météo-France mobilisée durant les Jeux Olympiques d'Albertville


Météo-FranceGuy Leroux
Guy Leroux est prévisionniste à la station Météo-France de Bourg Saint-Maurice depuis 15 ans. Au quotidien, il conseille les gestionnaires des stations. Il est aussi l'interlocuteur des services de sécurité en cas de situation avalancheuse ou des gestionnaires de route en cas d'intempéries. Enfin c'est un habitué des compétitions de ski. Chaque année, il participe aux assistances pour les épreuves de la Coupe du monde de ski qui ont lieu en Savoie.


Un dispositif d'observation et de prévision sur mesure
Afin de disposer des observations indispensables à la production des prévisions, le site de Val d'Isère a été instrumenté en trois points stratégiques : au sommet des deux pistes et dans la station. Dans leur PC, les prévisionnistes reçoivent l'ensemble des mesures collectées et exploitent les dernières innovations en matière de prévision numérique.

Météo-France

Un radar à Tignes
Un radar de précipitations a été spécialement installé à Tignes, à 3032 mètres d'altitude. Ce type de radar mobile a déjà fait ses preuves sur les circuits automobiles. Pour résister aux conditions météo de montagne, il est coiffé d'un « radome » chauffant protégeant son électronique du froid. Le radar permet de détecter et suivre les précipitations - pluie ou neige - même les plus faibles. Il délivre des images par carré de 250 mètres de côté, dans un rayon de 40 kilomètres environ. En interprétant ces images, les prévisionnistes peuvent fournir une information toutes les 5 minutes sur l'arrivée, l'évolution et l'intensité de la pluie ou de la neige.

Pourquoi installer ce radar à 7 km des pistes de Val d'Isère ?
Il est fixé sur le toit du restaurant d'altitude à l'arrivée du funiculaire de la Grande Motte de Tignes, en accord avec la Société des Téléphériques de la Grande Motte. A cet endroit, l'accès est assuré, même par mauvais temps, grâce au funiculaire.
La portée des radars météorologiques est limitée en montagne en raison du relief. Pour détecter les précipitations dans toutes les directions, il doit être placé dans un environnement dégagé, idéalement avec une vue à 360°. A Tignes, le radar "voit" à 270°. Et il est bien positionné pour repérer les précipitations venant du nord-ouest, les plus fréquentes statistiquement, ainsi que les "retours d'est" spécifiques à Val d'Isère.


Météo-France
Image du radar de Tignes : situation du 15 décembre 2008

Légende : Le radar est représenté par le point rose. Sur le pourtour (rayon de 3 km environ), on distingue en jaune /orange des échos parasites. (Si le radar était installé à Val d'Isère, ces échos parasites empêcheraient d'obtenir des données sur Solaise et Bellevarde). Sur l'image, on distingue :
- en bleu foncé : quelques flocons de neige
- en bleu clair : des chutes de neige faibles mais plus continues
- en vert : des chutes de neige modérées
La situation correspond à un retour d'est. Des nuages précipitants débordent de l'Italie sur le secteur de Val d'Isère et Tignes. Ils vont se désagréger en progressant vers l'ouest et ne donneront pas de chutes de neige à Bourg-Saint-Maurice. Aucun écho n'est détecté dans le quart sud-ouest de l'image en raison de la présence du glacier de la Grande Motte.


Météo-France
Photographie : La station d'observation Joseray

Trois stations d'observation automatiques
Météo-France a complété en 2006 son réseau de stations (Joseray à Val d'Isère existait déjà) par deux points de mesure en haut des pistes de Solaise et Bellevarde. Elles fournissent en temps réel la température, l'humidité, la direction et la force du vent moyen et des rafales. Ces mesures collectées depuis 2 ans ont permis d'améliorer et valider le modèle de prévision. Les enregistrements montrent par exemple que la direction du vent peut varier de 180° entre les sommets de Solaise et Bellevarde. Ces observations seront essentielles pendant les Championnats : les prévisionnistes connaîtront à tout instant les conditions météorologiques à ces trois points.

Prévoir les effets locaux avec un modèle de prévision ultrafin
Pour Météo-France, l'amélioration des modèles de prévision (programmes informatiques simulant le comportement de l'atmosphère) constitue un axe majeur en matière de Recherche et Développement. Durant les Championnats, les prévisionnistes testeront Arome, le dernier modèle numérique de Météo-France, dans une version expérimentale d‘une maille d'1 km (opérationnel depuis décembre 2008, Arome dispose d'une maille de 2,5 km). En prenant mieux en compte le relief, ce modèle devrait mieux simuler des phénomènes locaux, comme l'altitude et l'épaisseur des couches nuageuses et leur évolution. Un paramètre précieux pour un départ de course à 2807 mètres sur la piste de Bellevarde. Une couche nuageuse de 200 mètres d'épaisseur dont la base est située à 2780 m ou 2820 m d'altitude n'aura pas le même impact.

Spécificités de la météorologie de montagne
Le relief interagit avec l'atmosphère (effets orographiques) donnant naissance à des phénomènes météorologiques localisés : formation de nuages, en été violents orages, vent violent (effet de foehn)…Les principaux paramètres météorologiques (pression atmosphérique, température, vent, humidité, précipitations) varient avec l'altitude et celle-ci est souvent synonyme de conditions extrêmes. Le travail du météorologiste ne s'arrête donc pas à la prévision de ces paramètres, il doit également en prévoir les évolutions selon l'altitude. Ces différents facteurs rendent la prévision météorologique en montagne délicate et plus complexe que dans d'autres types d'environnements.

Retours d'Est. Les perturbations qui affectent la France se déplacent habituellement d'ouest en est. Val d'Isère n'échappe pas à la règle, elle est principalement soumise aux dépressions d'ouest et de nord-ouest. Dans certains cas, la circulation atmosphérique est inversée et les perturbations touchent notre pays depuis l'est : les météorologues les nomment retours d'est. Cette situation est souvent générée par un anticyclone situé sur les îles britanniques ou la Scandinavie, à des latitudes plus élevées que d'ordinaire. Les zones de basses pressions sont alors observées vers la Méditerranée ou l'Europe centrale. Le secteur de Val d'Isère, situé sur la frontière naturelle des Alpes, est particulièrement concerné par ce type de phénomène, notamment lorsqu'un système dépressionnaire est positionné sur le golfe de Gênes. Dans ce cas, le mauvais temps s'installe sur les plaines italiennes. Il peut alors rester bloqué sur les versants italiens des Alpes ou au contraire franchir le relief et toucher Val d'Isère. Difficiles à prévoir, les retours d'Est influent différents paramètres : le vent, les nuages, les quantités de précipitations. Très localisés, ils peuvent par exemple toucher la piste de Solaise, et laisser celle de Bellevarde indemne. A Val d'Isère, les retours d'est se produisent principalement à l'automne et au printemps, plus rarement en hiver.


L'effet de foehn. Lorsqu'un courant aérien rencontre un relief suffisamment large, la masse d'air franchir l'obstacle en s'écoulant par dessus. Au vent du relief, ces parcelles d'air sont alors soumises à une détente et se refroidissent. Leur température atteint souvent celle du point de condensation où les nuages se forment. Parfois des précipitations de pluie ou de neige apparaissent, évacuant une partie de l'eau transportée par le flux d'air.
Puis, sous le vent du relief (une fois les sommets franchis), l'air subit au contraire une compression qui le réchauffe, plus ou moins selon la part d'humidité perdue précédemment. C'est cette modification - souvent très sensible - que l'on appelle l'effet de foehn.

Météo-France





 

 

 

 



Le foehn est aussi le nom d'un vent de sud, le foehn, qui souffle dans les vallées des Alpes autrichiennes et suisses. L'effet de foehn se produit cependant partout et à n'importe quelle période, dès que la conjugaison d'un relief et d'un régime de vent le permette. En France, par exemple, nous devons en partie à l'effet de foehn le vignoble du versant alsacien des Vosges. Il provoque aussi des hausses de température spectaculaires en automne sur le piémont des Pyrénées basques et béarnaises. Localement, ces vents prennent le nom des cols ou des zones géographiques d'où ils soufflent. Ainsi, à Val d'Isère, le vent d'est est appelé "Galise" (col de la Galise) et s'il arrive du sud, il peut prendre le nom de Lombarde (Lombardie).

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