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Journal de Terre Adélie - Aperçu du climat polaire de Dumont d'Urville

28/05/2009

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Mai-juin 2009 : Aperçu du climat polaire de Dumont d'Urville

L'été (austral) est fini ! A l'exception de dix jours gris en janvier et de quelques épisodes de neige, il a été ensoleillé et calme. Des conditions idéales pour découvrir cet environnement exceptionnel. Je suis frappé par le rapide raccourcissement des jours en mars, environ 8 minutes de moins par jour, soit près d'une heure par semaine. Il fait désormais nuit au dîner et les températures ont fortement baissé, entre -18°C et -14°C au petit matin. L'autre fait marquant : la glace progresse hardiment autour de l'île, pour le moment surtout dans les eaux calmes et peu profondes au sud. Sur cette banquise fragile et clairsemée, les manchots Empereurs se rassemblent déjà.

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Le 18 mars 2009 : la glace progresse dans la baie Lejay, à l'ouest de Dumont d'Urville Manchots Empereurs près de l'île des Pétrels
le 18 mars 2009

Samedi 21 mars, une des fameuses tempêtes du Grand Sud s'est déchaînée sur notre île. La veille, il a neigé abondamment avec des rafales de 80 km/h à 100 km/h dans la nuit. Au matin, une petite dépression a touché plein sud la base Dumont d'Urville. La pression a chuté brutalement de 17hPa entre 7h et 13h. Toute la matinée, le vent a soufflé à 120 km/h, avec une rafale maximale à 176km/h ! Au paroxysme de la tempête, le bâtiment Séjour grondait et vibrait : il nous fallait élever la voix pour nous entendre. Impressionnant !

Le samedi après-midi est habituellement consacré aux courses. Yannick, notre cuisinier, dresse la liste des vivres nécessaires pour la semaine à chercher aux "magasins" et rapporter au bâtiment Séjour. Cette petite manutention s'est transformée le 21 mars en expédition sportive. Impossible d'utiliser le 4x4 avec ces rafales et les imposantes congères sur la route. Revêtus de nos combinaisons, masques et gants, nous avons effectué le transport à dos d'homme en nous cramponnant aux rambardes... Soit près d'une heure pour un trajet d'à peine 200 mètres !

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Le 21 mars 2009 à 13h30 : -20°C, rafales à 150 km/h et faible visibilité pour "faire nos courses" Déneigement des passerelles reliant le dortoir et le laboratoire de géophysique le 23 mars 2009

Ce premier épisode tempétueux rappelle que cette région est l'une des moins hospitalières de notre planète... L'Antarctique, immense continent de 14 millions de km2, est situé sur le Pôle Sud géographique. Recevant peu d'énergie solaire, le refroidissement y est permanent. En Antarctique, on distingue deux types de climat. Sur les hauts plateaux continentaux (jusqu'à 4000 m d'altitude), la température moyenne annuelle avoisine -60°C et le vent est faible. Sur le littoral, les températures sont plus élevées (-10°C en moyenne sur l'année) et des vents forts soufflent régulièrement.

La base Dumont d'Urville, installée sur l'île des Pétrels à quelques kilomètres du continent, jouit d'un climat relativement doux. Ici l'hiver est long (mai à septembre) et les saisons intermédiaires réduites : été (décembre à février), automne (mars-avril), printemps (octobre-novembre). La durée du jour varie de 24 heures entre le 7 Décembre et le 7 Janvier, à 2 heures le 21 Juin. Il n'y a donc pas, à proprement parler, de nuit polaire.

La température moyenne annuelle sur la base Dumont d'Urville est de -11°C, avec une moyenne mensuelle maximale de -1.2°C en janvier (été austral), et une moyenne mensuelle minimale de -17.6°C en juillet (hiver austral). Les records : 9.9°C le 30 décembre 2001 pour les maximales, et -37.5°C le 4 août 1990 pour les minimales. A Dumont d'Urville, nous sommes privilégiés avec une insolation moyenne annuelle de 2037 heures comparable à celle de Toulouse et supérieure à celle de Paris (à peine 1700 heures par an).

Sur le plateau antarctique, les précipitations sont quasiment absentes (de 20 à 50 mm par an seulement, essentiellement de la neige). A Dumont d'Urville, les mesures sont difficiles à effectuer : la neige est la plupart du temps balayée par le vent. Les météorologues comptabilisent en revanche les jours de neige, soit 100 jours par an en moyenne.

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Le 24 mars 2009, petits cumulus dans la baie Lejay,
à l'ouest de Dumont d'Urville
Les Adéliens foulent la banquise au sud immédiat de l'île des Pétrels le 10 avril 2009

Sur Dumont d'Urville, le vent souffle 115 jours par an à plus de 100 km/h et approche ou dépasse chaque année 200 km/h. La vitesse record enregistrée date du 23 mai 1988 avec des rafales à 245 km/h. Le blizzard souffle en moyenne 39 jours par an, avec un minimum d'un jour par mois entre novembre et février.

DDU n'est pas située dans un couloir des terribles vents catabatiques (du grec katabatikos, "descendant la pente"). Ces vents violents s'accélèrent par gravité en dévalant les pentes des hauts plateaux antarctiques et peuvent atteindre 300 km/h sur les côtes. Ils se produisent majoritairement au passage des perturbations à l'automne et au printemps, périodes de forts contrastes thermiques entre l'air marin et l'air continental. Il existe des vents catabatiques dans d'autres régions du monde mais d'intensité et d'étendue bien inférieures à celles des vents antarctiques. A Port Martin, 60 km à l'Est de DDU, à proximité d'un de ces couloirs, le vent souffle en moyenne à 50 km/h contre 35 km/h à Dumont d'Urville.

Le climat de Dumont d'Urville, relativement clément par rapport aux autres régions antarctiques, impose toutefois aux hivernants quelques précautions. Un périmètre de sécurité est délimité par le responsable de la base et des évaluations régulières de l'état de la banquise sont menées afin d'élargir cette zone. Un homme peut marcher en sécurité sur une banquise de 30 cm d'épaisseur, pour un véhicule tout-terrain à chenilles 80 cm sont nécessaires. En juin, en plein hiver, la glace dépasse 1 m d'épaisseur autour de DDU et peut atteindre à la fin de l'hiver 1,80 m. Actuellement, la banquise est en cours de formation, notre périmètre reste donc limité à l'île des Pétrels. Pour chaque sortie, les consignes sont strictes : s'informer obligatoirement des conditions météorologiques au bureau météo et s'équiper d'une radio et de vêtements de rechange. Se changer en cas de chute dans l'eau se révèle indispensable : les vêtements mouillés gèlent quasi instantanément.

Nous passons moins de temps à l'extérieur en raison des conditions climatiques et de l'obscurité. Notre métabolisme s'adapte à ces changements, nous dormons plus longtemps à présent. Après le passage d'une tempête, les adéliens s'empressent de déneiger les passerelles englouties par les congères pour éviter le tassement de la neige, souvent glacée et glissante. Nous les empruntons chaque jour pour nous rendre du Dortoir au Séjour ou au Bureau météo. La couleur orange des passerelles et des bâtiments les rend plus visibles dans le blizzard, lorsque les rafales de vent, chassant la neige, abaissent la visibilité.

La première tempête de vent catabatique s'est abattue sur la base le 26 mars. Ce vent puissant (une rafale maximale à 162 km/h), turbulent et "haché" s'est révélé bien différent de celui d'une dépression, plus continu. Autre caractéristique : la très fine couche de neige balayée laisse apercevoir le soleil et le ciel clair. La tempête fait rage, tout près du beau temps. Les 28 et 31 mars, retour du blizzard avec des rafales maximales à 158 km/h et 126 km/h. Avec une température à -15°C, le ressenti est proprement glacial...

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Le 25 mars 2009, des vents catabatiques soufflent la neige sur le continent antarctique près du littoral Le 26 mars 2009, le vent catabatique souffle à 150 km/h en rafales. Un nuage de neige déferle sur Dumont d'Urville

Avec le début de l'hivernage, nous organisons des activités à l'intérieur pour passer agréablement le temps. Un championnat de tarot réunit les amateurs chaque lundi. Les scores cumulés sur l'année désigneront un ou une champion(ne) à la fin de l'année. Nous programmons également des films dans le Séjour le dimanche ou le mercredi soir, ou encore des jeux de société. Après dîner, chacun s'occupe selon l'envie du moment. La préparation des anniversaires mobilise tous les hivernants, certains font d'ailleurs preuve d'une belle imagination pour agrémenter ces célébrations. Tous les lundis soirs, à 18h30, Laurence la responsable de la base, réunit les hivernants pour faire le point, notamment sur des aspects liés à la sécurité. Caroline, notre médecin, nous a d'ailleurs dispensé une formation aux premiers secours. Il s'agit de connaître les gestes à effectuer face à une hémorragie ou un étouffement, comment placer une personne blessée inconsciente en position latérale de sécurité ou encore utiliser un défibrillateur.

La vie au sein d'un groupe soudainement restreint (26 personnes depuis le 27 février) m'a un peu décontenancé les premiers jours. Nous étions très nombreux depuis notre arrivée en décembre dernier, la plupart du temps plus de 60 personnes. Une des règles de notre petite communauté : prendre nos repas tous ensemble. Même si parfois, le besoin de s'isoler se fait sentir. La vie à DDU ne constitue pas vraiment une expérience de la solitude, au contraire, il faut apprendre à vivre ensemble, en groupe, en tissant des liens différents avec chaque personne. En cela, ce début d'hivernage correspond assez à ce que j'avais imaginé : c'est une aventure de groupe avant tout.

François Gourand
et Isabelle Doudelle
Photographies :
Copyright Météo-France/François Gourand
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