Améliorer la prévision du risque d'avalanche

L'estimation du risque d'avalanche aujourd'hui

Photo d'avalanche - © Météo-FranceEn montagne, la neige peut représenter un danger mortel lorsqu'elle s'écoule sous forme d'avalanche : en France, une centaine de personnes sont ainsi emportées chaque année par une avalanche, une trentaine de personnes y perdent la vie. Depuis la fin des années 1970, Météo-France a pour missions d'étudier et surveiller le manteau neigeux, et de prévoir le risque d'avalanche sur les grands massifs montagneux français (Alpes, Pyrénées, Corse). Au cœur du dispositif, une unité de recherche spécialisée basée à Grenoble, le Centre d'études de la neige (CEN).

 

L'estimation du risque d'avalanche aujourd'hui

L'estimation du risque d'avalanche repose sur un réseau d'observation spécifique et sur l'expertise humaine des prévisionnistes avalanches. Ces derniers s'appuient, de la même manière que leurs collègues prévisionnistes du temps, sur l'utilisation de modèles numériques spécifiques. Dans le domaine de la nivologie, il s'agit d'une « chaîne » de trois modèles dédiés à la neige en montagne et développés par le Centre d'études de la neige : Safran, Crocus et Mepra.
Safran analyse des conditions atmosphériques qui règnent en montagne. Il reconstitue heure par heure les conditions météorologiques pour chaque altitude (par pas de 300 mètres), chaque exposition et pour plusieurs inclinaisons de pente dans chaque « massif » (chaque grand massif est découpé en une mosaïque de petits « massifs » climatiquement homogènes d'environ 800 km2). Safran utilise différents types de données : des observations humaines issues des postes nivométéorologiques et des stations météorologiques de montagne, des observations provenant des stations automatiques, des images satellitaires et des analyses de l'état de l'atmosphère fournies par les modèles numériques atmosphériques.
Crocus étudie l'évolution du manteau neigeux sous l'influence des conditions météorologiques. Celles-ci, fournies au pas horaire par Safran, permettent à Crocus de simuler les principaux processus affectant la neige au sol : accumulation ou fonte, tassement, transferts thermiques entre les couches de neige, humidification, percolation1 ou regel de l'eau liquide,  changements de forme des grains de neige avec le temps (métamorphisme2), etc.   
Enfin, Mepra est un module d'estimation des risques d'avalanche. Il effectue  une analyse de la stabilité mécanique du manteau neigeux simulé par Crocus, pour chaque exposition et chaque altitude dans chaque massif, pour en déduire une estimation des risques d'avalanches.
Les résultats des trois modèles sont ensuite, comme pour les prévisions atmosphériques, expertisés par les prévisionnistes avalanches. Ces derniers déterminent alors la nature du risque d'avalanche (type d'avalanche et mode de déclenchement), son niveau d'intensité, donnent des précisions sur leur localisation préférentielle, etc.
La prévision de l'estimation des risques d'avalanche ne porte pas au-delà de 48 h d'échéance. Elle est en effet très sensible aux conditions météorologiques, en particulier aux quantités de précipitations qui se produisent et à la limite pluie-neige. Or la prévision de ces deux paramètres en zone de montagne est délicate au-delà de 48 h.

 

1. percolation : lent mouvement de l'eau vers le bas, sous l'effet de la gravité, à travers un matériau plus ou moins poreux : sol, couches de neige, etc.
2. métamorphisme : ensemble des phénomènes physiques, d'origine thermodynamique -c'est-à-dire mettant en jeu des changements d'état de l'eau entre ses trois phases (solide, liquide, gazeuse)- affectant les grains d'une couche de neige. Le métamorphisme (également appelé « métamorphoses ») produit des changements importants dans les caractéristiques des grains : forme, taille et liaison entre eux. En résultent d'importantes modifications des propriétés macroscopiques de la neige : cohésion, densité, albédo, etc.